Dans la haute vallée du Taravu, entre Ciamanacce, Frassetu, Palleca et Cuzzà, les projets de microcentrale hydroélectrique* qui faisaient débat depuis plusieurs mois ne verront finalement pas le jour. Le porteur de projet a retiré sa demande d’autorisation environnementale en cours de consultation publique, mettant un terme à la procédure.
Pour les associations de protection de l’environnement, cette décision marque une étape importante dans la défense d’un des derniers fleuves corses dont la partie montagnarde est encore en très bon état écologique.
Un fleuve d’exception sous pression
Le Taravu n’est pas un cours d’eau ordinaire. Classé en réservoir biologique par le SDAGE et bénéficiant dans sa partie haute du label « rivière sauvage », il abrite une biodiversité remarquable, notamment des populations de truite en bon état de conservation et des habitats aquatiques encore peu dégradés. Les analyses présentées dans les dossiers confirmaient d’ailleurs un très bon état écologique, avec des eaux de grande qualité et une forte richesse biologique. C’est précisément cette qualité qui a suscité l’inquiétude des usagers, des riverains et des associations.
Des projets jugés incompatibles avec les enjeux du site
Les projets prévoyaient la dérivation d’une partie du débit du Taravu en créant 3 tronçons « court-circuités » soumis à un débit réduit.Même si des mesures étaient proposées — débit réservé, passe à poissons, arrêt estival —, les associations ont pointé plusieurs risques :
- altération de la continuité écologique,
- fragilisation des frayères à truite,
- artificialisation d’un secteur encore très naturel,
- cumul des pressions sur une ressource en eau déjà sensible.
Pour elles, le problème dépasse la seule question technique. Il s’agit d’un choix de société : faut-il équiper les derniers cours d’eau préservés au nom de la transition énergétique ?
Une mobilisation citoyenne déterminante
La consultation du public, organisée pendant trois mois, a donné lieu à de nombreuses contributions, largement centrées sur la préservation du milieu aquatique et de la biodiversité. Réunions publiques, contributions écrites, relais associatifs : la mobilisation a été à la hauteur des enjeux. Face à ces préoccupations et à la complexité du dossier, le pétitionnaire a finalement choisi de retirer son projet avant toute décision préfectorale.
Une victoire… mais une vigilance maintenue
Pour les associations environnementales, ce retrait est perçu comme une victoire. Il montre que la mobilisation locale peut peser dans les décisions et que certains territoires restent incompatibles avec des aménagements industriels, même de petite taille. Mais elles restent prudentes. « Ce projet est abandonné, mais d’autres pourraient revenir. La pression sur les rivières corses ne faiblit pas », souligne un représentant associatif. Dans un contexte de transition énergétique, la question de l’hydroélectricité « au fil de l’eau » continue de diviser.
Un signal pour l’avenir des rivières corses
Au-delà du seul Taravu, cette décision pose une question de fond : quelle place accorder aux énergies renouvelables dans des milieux à forte valeur écologique ?
Pour les associations, la réponse est claire : la transition énergétique ne doit pas se faire au détriment des derniers espaces naturels fonctionnels.
Le Taravu, lui, continue de couler librement. Pour combien de temps ?
À lire : Rapport complet du Commissaire Enquêteur sur : https://www.registre-dematerialise.fr/6814/
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