PORTIVECHJU, PIFANU : LES TERRES AGRICOLES RECULENT ET LE BÉTON AVANCE 

Le secteur de Pifanu est devenu le symbole des contradictions qui traversent aujourd’hui l’aménagement de Porto-Vecchio. U Levante a participé au rassemblement du 13 juin à Pifanu afin que des terres agricoles actuellement exploitées ne soient pas recouvertes par des immeubles.

La famille Dessi exploite depuis les années 1950 un domaine agricole d’une superficie totale de près de 7 hectares qui supporte également leurs habitations, au lieu-dit Pifanu à Porto-Vecchio. Ils y exercent une activité d’élevage ovin, de maraîchage et de production d’huile d’olive. En attestent les déclarations au Registre parcellaire graphique (RPG). Prairies et oliveraies y sont déclarées au titre des aides de la PAC. Plus encore, 3,7 hectares de la zone sont identifiés comme relevant des Espaces stratégiques agricoles (ESA) du PADDUC.

Mais la municipalité a accordé aux SAS “Les Écrins” et “Domaine des Salines” deux permis de construire qui empiètent sur ce domaine agricole.

Localisation du domaine de Pifanu : les PC accordés sont en rouge, les déclarations de surface de l’exploitant agricole sont en jaune (source RPG 2024) :

Lors de l’arrêt du PLU, la commune avait fait le choix 

  • d’ouvrir à l’urbanisation cette vaste zone de 7,7 hectares, considérée comme « un simple espace en attente d’urbanisation », 
  • l’avait classée en 1AUBa,
  • prévoyait notamment la réalisation de 361 logements, accompagnés de nouvelles voiries et aménagements.

Pourtant, les faits établis au cours de la consultation des personnes publiques associées (PPA) et de l’enquête publique ont mis en évidence une réalité bien différente de celle d’un « simple espace en attente d’urbanisation ».

En mars 2025, pendant l’enquête publique portant sur le PLU arrêté de Portivechju, U Levante demandait la réduction, voire la suppression des zones constructibles sur les Espaces stratégiques agricoles (ESA) exploités ou non exploités dont le zonage 1AUBa à Pifanu. La CTPENAF, les services de l’État et la Chambre d’Agriculture avaient également émis une demande de réduction/suppression de la constructibilité en faveur de ces ESA. L’INAO quant à lui a émis un avis défavorable au projet de PLU pour les mêmes raisons.

https://www.ulevante.fr/portivechju-porto-vecchio-observations-de-u-levante-sur-le-plu-arrete-actuellement-en-enquete-publique/

Le commissaire enquêteur lui-même a souligné que la réponse apportée par la commune « n’est pas satisfaisante ». Il a rappelé que le débat ne portait pas uniquement sur le zonage ESA, mais également sur la consommation de terres agricoles réellement exploitées, déclarées au RPG.

Image extraite des pages 46 et 47 du rapport du Commissaire enquêteur :

Face aux observations formulées par les services de l’état, les organismes consulaires, les associations et l’agriculteur concerné, la commune s’est finalement engagée, en décembre 2025, à reclasser en zone agricole l’essentiel du secteur de Pifanu, à l’exception des parcelles déjà concernées par des permis de construire.

Image extraite de la page 51 du rapport du Commissaire enquêteur :

Une affirmation bien tardive, car avant même l’approbation du PLU, la commune a délivré en juin-juillet 2025 deux permis de construire sur le secteur de Pifanu, concernant une superficie totale de 16 026 m², soit plus de 1,6 hectare de terres agricoles définitivement soustraites à leur vocation initiale.

La commune a déclaré pendant l’enquête publique, que la déclaration au RPG n’était « pas bloquante », dès lors qu’elle s’engageait à proposer une solution de compensation au déclarant agricole avant validation de tout projet.

Cette affirmation appelle plusieurs remarques :

Quelle est la nature des compensations envisagées ? S’agit-il de proposer d’autres terres à l’exploitant ? D’une indemnisation financière ? D’un accompagnement à la relocalisation de son activité ? Rien ne permet aujourd’hui de le savoir. Comme il n’y a eu aucun examen au cas par cas, U Levante a fait un signalement au Préfet et à la DREAL en octobre 2025. Lors de la CTPENAF, il nous a été dit que M. le Préfet a demandé l’interruption des chantiers. Une étude environnementale est en cours sur la parcelle AC 83. Dans la zone humide, il y a 3 espèces protégées de portée nationale : Linaire, Isoetes et Renoncule, en plus des tortues d’Hermann.

Au-delà de la question individuelle de l’exploitant, c’est celle de notre rapport collectif au foncier agricole qui est posée car la compensation ne compense pas la disparition d’une terre agricole, une prairie artificialisée ne renaît pas ailleurs par simple décision administrative, une oliveraie détruite ne se reconstitue pas en quelques années. Une fois urbanisées, ces terres sont perdues pour toujours.

Pifanu doit nous interroger sur le modèle de développement que nous souhaitons pour Portivechju.

Peut-on continuer à considérer les espaces agricoles comme de simples réserves foncières mobilisables au gré des projets immobiliers ? Peut-on, dans le même temps, affirmer vouloir préserver l’agriculture locale tout en acceptant la disparition progressive des terres qui la rendent possible ?

Les terres agricoles ne sont pas des friches en attente de construction. Elles constituent un patrimoine commun, une ressource stratégique et un héritage que nous avons la responsabilité de transmettre. À Pifanu comme ailleurs, leur préservation doit devenir une priorité réelle et non une simple déclaration d’intention.

Basta à a speculazioni ! Basta à a sparizione di e terre agricule !