Les maires et les associations de maires ne devraient-ils pas se positionner ? La coordination anti-mafia encourage les citoyens à interroger les candidats sur leur position face à toute tentative de corruption et de mainmise mafieuse et sur ce qu’ils proposent pour les contrer et à leur exprimer leur soutien au quotidien dans cette démarche.
U Levante a participé à cette conférence de presse qui s’est tenue le 28 février à Ajaccio.
“Depuis plus de six ans la question de l’emprise mafieuse est au centre de l’actualité, au centre de la préoccupation des Corses, au centre de l’action de l’État, au centre de nombreux votes de l’Assemblée de Corse.
À la suite de l’assassinat de Massimu Susini, le 12 septembre 2019, deux Collectifs antimafia ont vu le jour.
Leurs actions ont permis à la société corse d’exprimer publiquement, à plusieurs reprises, son opposition aux assassins et aux mafieux.
Trois manifestations antimafia en Corse, c’est historique et c’est le signe que la Corse est capable, par ses seules ressources, de produire des anticorps pour combattre l’emprise mafieuse.
Le Colloque antimafia de Cargèse (février/mars 2025) a permis, pour la première fois en France, de confronter les angles de vue de procureurs, journalistes, universitaires, préfet et militants antimafia pour comprendre et connaître un phénomène criminel bien singulier.
Parallèlement nos nombreux appels en direction de la Collectivité de Corse ont abouti, là aussi une première pour une assemblée régionale en Europe (l’Italie exceptée), à une première résolution pour dénoncer les dérives mafieuses (novembre 2022), puis à la mise en place d’ateliers pour faire des préconisations dans le champ de compétences de la CdC qui ont permis le vote unanime d’une délibération (février 2025) avec 30 mesures pour s’opposer à la mafia, et enfin à créer, vote unanime, de la Commission contre les pratiques mafieuses (avec une co-présidence d’une élue de l’ Assemblée de Corse/ et d’un membre d’un Collectif antimafia).
L’Assemblée de Corse, avec ses ressources, a su répondre, par des gestes forts, au défi lancé à la société corse par la mafia.
Les parlementaires corses, en particulier P.A. Colombani et P. S. Parigi (avec le soutien des autres parlementaires corses et de leurs collègues à l’Assemblée nationale et au Sénat) ont été à la fois les porte-parole et les animateurs de nos demandes d’évolution de la législation pénale pour répondre à l’offensive criminelle de la mafia.
Ainsi ils ont porté et fait voter nos amendements.
L’État n’a pas été en reste puisqu’il a doté la Corse du Parquet Régional Anti Criminalité Organisée – PRACO (seul parquet de ce niveau en dehors du PNACO à Paris) et, à la Cour d’Appel de Bastia, d’un renfort conséquent de magistrats et de greffiers pour en assurer un fonctionnement à la hauteur de la tâche.
Le Rectorat, à la suite de notre idée d’intervenir dans les collèges et lycées et d’une première expérience menée à l’initiative d’un professeur du collège d’Ile Rousse, a lancé un programme d’éducation à l’antimafia.
Il vient également de créer « le prix académique pour la mémoire de Chloé Aldrovandi » afin de sensibiliser les jeunes à la violence mafieuse.
Ainsi la lutte contre la mafia n’est pas que l’affaire des policiers et des magistrats. Elle est l’affaire de toutes et de tous : Société civile, État, élus, corps constitués …
Société civile parce que première victime désarmée de la mafia.
État parce qu’un défi mortel est lancé à son autorité.
Élus parce qu’avec les décentralisations successives (et demain peut-être l’autonomie) ils ont le pouvoir de délivrer des permis de construire, quelquefois objets de blanchiment, et sont l’objet de pressions, menaces et tentatives de corruption, notamment pour l’accès aux marchés publics.
Corps constitués parce que le monde du travail est régulièrement soumis à des menaces et pressions si ses revendications viennent heurter les intérêts mafieux.
Depuis octobre 2025, la société civile corse s’est dotée d’une Coordination antimafia pour élargir à toutes les associations et syndicats la lutte contre la mafia.
Les résultats obtenus depuis presque sept ans de lutte antimafia l’ont été par la mobilisation, le travail, le sérieux et la pertinence dans les propositions des militants de l’Antimafia.
Si nous avons rencontré une écoute attentive et mené des travaux en commun avec de très nombreux élus (CdC et parlementaires), nous constatons que les associations de maires et les maires eux-mêmes sont inexplicablement absents de ce débat.
Ce n’est pas normal. Nous le répétons, la lutte contre la mafia est le combat de tous. Les mairies et les communautés de communes sont particulièrement visées par la menace mafieuse (marchés publics, PLU, emplois …), elles doivent faire entendre leur voix et être soutenues lorsqu’elles font l’objet de pressions. De même la société corse a besoin de maires intègres et compétents pour constituer un rempart contre toute tentative de corruption, de pression, d’intimidation ou de menace émanant d’organisations, de sociétés ou d’habitants utilisant des pratiques mafieuses pour servir leurs propres intérêts au détriment du bien public communal.
Les candidats à la fonction publique du premier rang de la gestion des territoires ne devraient-ils pas s’engager dans ce sens auprès des électeurs ?
Nous nous interrogeons donc sur l’absence d’évocation de ces pratiques auxquelles sont confrontés les élus communaux au cours de cette campagne des municipales car la prédation mafieuse n’a pas de frontières. Elle s’abat sur les grandes villes comme sur les petits villages.
La drogue, les menaces, les pressions sont des calamités pour lesquelles il n’y a pas de petits profits.
Ne serait-il pas souhaitable que les associations des maires proposent un statut de l’élu permettant de mieux le protéger et précisant ses responsabilités et les conséquences d’une atteinte à la probité qui pourrait le conduire devant la justice ?
Nous encourageons les citoyens à interroger les candidats sur leur position face à toute tentative de corruption et de mainmise mafieuse, et sur ce qu’ils proposent pour les contrer et à leur exprimer leur soutien au quotidien dans cette démarche.
Afin d’honorer la mémoire de toutes les victimes innocentes de la mafia, et elles sont nombreuses, nous souhaitons créer, en association avec les familles des victimes, une journée commémorative, à l’image de ce qui se fait en Italie.

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