L’avis d’U Levante est sans ambiguïté : des arguments économiques ne doivent pas prévaloir sur la préservation d’un écosystème unique au monde, très fragile, source d’informations sur les paléoclimats et d’arguments pour anticiper les climats futurs.
Un projet d’arrêté interpréfectoral de protection de l’habitat naturel (APPHN) des anneaux de coralligène et des écosystèmes profonds du nord du Cap Corse justifie actuellement une consultation du public : https://www.premar-mediterranee.gouv.fr/page/consultation-du-public-sur-la-creation-d-un-arrete-de-protection-des-anneaux-de-coralligene-et-des-ecosystemes-profonds-du-nord-du-cap-corse
C’est un projet porté par la Direction de la mer et du littoral (DML) de Corse sur proposition du Parc naturel marin du Cap Corse et de l’Agriate (PNMCCA). La consultation s’achèvera le 3 novembre 2026. Intervenez en donnant votre avis par mail (cecmed.secaem@premar-mediterranee.gouv.fr) et demandez que l’arrêté définitif reprenne non seulement l’interdiction du mouillage et de la plongée et l’interdiction de tout rejet ou dépôt de déchets et de polluants, mais aussi la limitation de la vitesse à 13 nœuds.
Situées à 120 mètres de profondeur au nord du Cap Corse, de grandes structures circulaires noires sur un sable blanc interpellent. Découvert en 2006 par un doctorant de l’Université de Corse, étudié depuis la surface entre 2010 et 2014 et réexploré en plongées depuis 2021 par Andromède Océanologie à la demande du PNMCCA, ce paysage sous-marin, foisonnant de vie, unique au monde, est issu d’une histoire géologique particulière.

Certains anneaux présentent un nucleus en relief sur lequel vivent, entre autres, des bouquets de gorgones. La biodiversité, associée à ces vestiges construits par des algues, est florissante et exceptionnelle pour de telles profondeurs. Les plongeurs, pourtant aguerris, qualifient certains sites de « grandioses ».
Le début de l’histoire remonte à il y 21 000 ans, au moment du dernier maximmum glaciaire, lorsque le niveau marin était 120 m plus bas que le niveau actuel. Dans une dizaine de mètres d’eau, des algues encroûtantes calcaires prospèrent au milieu d’une riche faune d’invertébrés. Puis le climat se réchauffant, le niveau de la mer monte. Les algues ne s’adaptent pas à ces nouvelles conditions de vie et l’écosystème meurt et s’érode. D’autres genres d’algues prennent la place et enrobent en de nombreuses couches (comme une dragée) les débris présents, tout en roulant et en s’accummulant sous l’effet de la gravité d’une façon centrifuge. C’est ainsi que se forme la couronne noire que l’on observe aujourdhui.

Les datations exceptionnelles confèrent à l’ensemble du site naturel du Cap Corse une valeur scientifique rare qui s’inscrit dans une liste très réduite d’une dizaine de sites dans le monde permettant d’étudier le dernier maximum glaciaire, et donc de mieux comprendre l’évolution du niveau des océans passé et actuel.
Phase de protection et consultation du public
Parallèlement aux études scientifiques, encore en cours, le gestionnaire (PNMCCA) met en place la phase de protection. C’est pourquoi a lieu actuellement une consultation du public sur la création d’un projet d’arrêté préfectoral de protection des anneaux de coralligène et des écosystème profonds du nord du Cap Corse.
Le public dispose, pour donner son avis, d’un dossier scientifique et technique élaboré par le Parc national marin du Cap Corse et des Agriate (PNMCCA) et des avis tous favorables :
- du Conseil des sites,
- du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Corse (CRPMEM),
- du commandement de la zone maritime Méditerranée,
- du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel de Corse (CSRPN)
Le seul bémol, mais non des moindres, concerne la non-limitation de la vitesse des navires sur zone. La proposition du Conseil de gestion du PNMCCA d’introduire un critère de vitesse maximale de13 nœuds est soutenue par les scientifiques mais pas par les pêcheurs et, in fine, n’a pas été retenue (pour l’instant ?) par la Préfecture maritime de la Méditerranée « pour des raisons sécuritaires (augmentation du risque d’abordage) et de coûts économiques (ralentissement du trafic, surcoûts pour les armateurs) ». Et pourtant, dans le premier considérant du projet d’arrêté il est bien précisé qu’il s’agit de mettre en place une zone de protection forte !

Le statut de « protection forte » de la zone des anneaux doit imposer, à lui seul, une vitesse maximale ! Une vitesse limitée réduirait le bruit sous-marin qui perturbe la faune des anneaux de coralligène, ainsi que le risque de collision avec les cétacés.
Intervenez en donnant votre avis par mail (cecmed.secaem@premar-mediterranee.gouv.fr) et demandez que l’arrêté définitif reprenne les trois mesures proposées par le Parc naturel marin du Cap Corse et de l’Agriate :
- l’interdiction du mouillage, toute forme d’immersion et de navigation sous-marine, ainsi que les prélèvements,
- l’interdiction de tout rejet ou dépôt de déchets et de polluants,
- la limitation de la vitesse à 13 nœuds.
U Levante a adressé son avis au Préfet maritime de Méditerranée (hélas, dans les “consultations publiques” et contrairement aux “enquêtes publiques”, les avis ne sont pas lisibles par tous).
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