En route vers 2050 !

Actuellement et jusqu’au 29 avril, est en cours une enquête publique*, liée à un projet de concession d’utilisation du Domaine public maritime en dehors des ports pour la mise en place et l’exploitation de quatre coffres d’amarrage avec récifs éco-conçus dédiés aux navires de grande plaisance dans le golfe d’Ajaccio.

Le Collectif Terra (qui regroupe un grand nombre d’associations de protection de l’environnement ou de la santé en Corse) adresse au Commissaire enquêteur et aux autorités le texte ci-dessous et émet un avis très défavorable à ce projet.

LA CORSE EN RÉTRO-GLISSADE AURÉOLÉE D’ÉCO-BLANCHIMENT

Parce que la Corse a fait le choix politique et économique d’un tout tourisme dévastateur sans
parvenir à faire respecter les lois environnementales et le PADDUC faute de moyens
coercitifs, la Corse déroge aux règles ou s’arcboute sur des projets d’un autre siècle pour
grappiller quelque menue monnaie au détriment de son principal atout, son immense richesse
environnementale.


Publié le 4 avril 2022, le dernier rapport du GIEC exhorte pourtant les régions et les villes à
contribuer à un avenir net zéro carbone en intégrant des stratégies de réduction drastique de la
consommation d’énergie fossile, grande pourvoyeuse des émissions de gaz à effet de serre, afin
d’échapper à l’élévation funeste d’un réchauffement de 2,4 °C d’ici à 2100, voire 2,7 °C si on
n’agit pas maintenant.
La mer Méditerranée est un « hot spot » du changement climatique en cours, ce qui constitue une
véritable menace pour les espaces naturels, notamment les milieux marins et littoraux ainsi que
pour la biodiversité qu’ils abritent.


Ni fiction, ni exagération : nous sommes à la croisée des chemins !


Les scientifiques affirment « c’est maintenant ou jamais » qu’il faut limiter le réchauffement à 1,5
degré Celsius en assurant la sécurité alimentaire, hydrique et sanitaire des populations, tout en
améliorant la qualité du bâti (qualité de l’air intérieur, confort thermique…).
Entièrement incluse dans le sanctuaire Pelagos, particulièrement fréquenté par les navires, et
dans un contexte énergétique inédit, à cause du chamboulement géopolitique créé par la guerre
en Ukraine qui entraîne une hausse des prix de l’énergie comme nouvelle normalité, la Corse
s’englue un peu plus dans une économie mortifère, induite et planifiée par les lobbys nautique et
touristique à travers les plans “Salvezza è rilanciu” et “France Relance” en favorisant l’accueil
des méga-yachts dans ses espaces les plus sensibles.

Ces yachts de la démesure consomment de 500 à 2 000 litres de combustible fossile à l’heure, ce
sont de véritables bombes de CO2, catapultées dans l’atmosphère déjà saturée de ce gaz à effet
de serre qui ravage la planète et compromet la vie sur terre.

« Faute de moyens coercitifs* » ce mode de vie ostentatoire et prédateur sera accueilli avec
complaisance grâce à l’organisation dans le Golfe d’Ajaccio pourtant classé Natura 2000, d’une
offre adaptée « aux desiderata de cette clientèle de luxe *», au mépris le plus total d’une
répartition équitable des efforts de sobriété attendus de la population locale
.
*Dans le dossier.
Cette impuissance affichée de l’exercice du pouvoir de police dans les eaux littorales aura pour
conséquences d’augmenter la pression sur l’air et la qualité des eaux.

Or dans un site Natura 2000 « zone spéciale de conservation », il est théoriquement obligatoire de
veiller au maintien de l’état de conservation des habitats et des espèces. Sous le prétexte de
protéger les posidonies, on encourage au contraire les grandes unités de plaisance extrêmement
polluantes à venir dans le golfe d’Ajaccio et à y stationner, dérangeant un peu plus l’ensemble de
la faune dont de nombreuses espèces sont pourtant aussi protégées que la posidonie.


Entre la centrale du Ricanto, les retombées de la pollution automobile ( voitures, camions,
transports en commun), la pollution permanente des décollages et des atterrissages des avions,
les rejets des stations d’épuration, les rejets autorisés par dérogation des eaux de lavage des
fumées des navires de la Corsica Linea dans les eaux du port, le ballet incessant et polluant des
navires de croisière, des méthaniers, des pétroliers, des navires militaires, de la multitude de
bateaux de plaisance à moteur dont le rejet des gaz d’échappement s’effectue directement dans la
mer et les méga-yachts de 60 à 90 m de long : c’est un cocktail polluant toxique qui empêchera le
Golfe d’atteindre le bon état écologique espéré.

La population perdra la qualité de ses eaux de baignade, la biodiversité subira les impacts

dégradants induits et les espèces invasives feront flores, détruisant au passage ce fragile

écosystème indispensable à la vie.

Bruits, lumières et déchets participeront, eux aussi, à cette profonde destruction irrémédiable,

sans oublier la pollution sonore sous-marine provoquée par la cavitation des hélices qui dévaste

les plantes aquatiques devenues incapables de stocker le dioxyde de carbone, accélérant d’autant

le changement climatique.

Tout cela est rendu possible par le choix de traiter ces dossiers « au cas par cas », ce qui

dispense ces projets d’un autre temps de l’avis éclairé de la haute autorité environnementale et

d’étude d’impact.

Comment accepter que la population subisse les conséquences de cette pratique deconsommation énergétique démesurée, incompatible avec les engagements écologiques ?

Comment accepter cette rupture caractérisée d’avec le monde social ordinaire, qui en subira lesconséquences désastreuses ?

Comment accepter qu’une poignée de décideurs prenne des décisions en totale opposition aux Droits légitimes des citoyens sur leur cadre de vie, eux qui luttent déjà pour survivre ?


Les décisions prises aujourd’hui doivent absolument garantir un monde viable demain !


Morale, Justice, Équité, sont des mots qui semblent avoir perdu leur sens, noyés dans le miroir
aux alouettes d’un monde en perdition.


Les méga-yachts peuvent aussi sur simple appel téléphonique, obtenir l’autorisation de mouiller aux Sanguinaires sur des fonds > 50 m.
Les résultats du réseau de surveillance ROCCH (ex-RNO) ont mis en évidence des seuils plus élevés que la moyenne de Cadmium, Zinc, Vanadium et Plomb (pointe de la Parata et Port d’Ajaccio).