Bunifaziu/Bonifacio : sur l’île de Cavallo, trois cabanons en bois deviennent trois logements par simple déclaration préalable

Sur le rivage de l’île de Cavallo, une « réhabilitation à l’identique » de trois cabanons en bois, autorisée par le maire de Bonifacio sur simple déclaration préalable, ouvre en réalité la voie à trois logements à une trentaine de mètres de la plage. U Levante saisit le tribunal administratif de Bastia.

Image Google Earth 2026

Une « réhabilitation à l’identique » autorisée par simple déclaration

Le 2 octobre 2026, le maire de Bonifacio ne s’oppose pas à la déclaration préalable n° DP 2A041 26 B 0095 déposée par M. Rinaldo Ocleppo, sur la parcelle cadastrée section Q n° 680, au bord d’une plage de l’île de Cavallo.

L’arrêté autorise la « réhabilitation à l’identique » de trois constructions existantes d’une surface totale de 145,62 m², qui auraient été édifiées il y a au moins vingt ans. Il prévoit la rénovation des façades, de la toiture et des huisseries, sans modification de la volumétrie ni de la hauteur.

Selon le maire, ces travaux seraient rendus nécessaires par les intempéries successives : les constructions risqueraient de s’effondrer, et il s’agirait seulement d’assurer leur maintien en état et la sécurité de leurs occupants.

Illustration : vue 3D issue de Google Earth, image satellite du 29 juin 2026

Des abris de jardin… qui deviennent des logements

Le dossier du pétitionnaire décrit lui-même ces constructions comme des « cabanons de plage à usage d’entrepôt et d’abri » (notice architecturale), ou encore des « abris de jardin en bois » (formulaire d’évaluation des incidences Natura 2000). Il s’agit de constructions rudimentaires en bois, sans fenêtres, couvertes de tôles ondulées. Seules deux d’entre elles figurent au cadastre : elles ont été édifiées sans autorisation entre 2002 et 2007, le premier cliché de l’IGN où elles apparaissent datant de mai 2007. La troisième, un petit abri de très faible hauteur absent du cadastre, n’a pas davantage été autorisée.

Or les plans de façades révèlent de nouvelles portes, de nouvelles fenêtres et de grandes baies vitrées côté mer. Et l’arrêté lui-même attribue désormais à ces abris une destination « d’habitation-logement ».

Photographies extraites de la notice architecturale du projet

Des cabanons de plage / abris de Jardin en bois transformés en habitations : c’est un changement de destination, que la seule « réfection » de bâtiments menaçant ruine ne saurait expliquer.

145 m² déclarés pour “habitation-logement” à la place des 75 m² mesurés des “cabanons”

La déclaration préalable attribue aux trois constructons à réaliser une surface cumulée de 145,62 m². Les outils publics de mesure de l’existant donnent un tout autre résultat :

Mesures des toitures sur Google Earth (clichés du 9 juillet 2020) : environ 73,93 m² au total

Ce n’est pas tout. Sur le plan de masse, les bâtiments ne sont plus au même endroit : ils sont déplacés vers l’ouest, rapprochés du rivage, et orientés au sud-est alors que les cabanons actuels regardent vers le sud-ouest.

Comparaison de la vue aérienne actuelle et du plan de masse du projet

Pour U Levante, il ne s’agit donc pas de rénover trois abris menaçant ruine, mais bien de construire trois habitations nouvelles, environ deux fois et demie plus grandes, les cabanons existants étant vraisemblablement appelés à disparaître.

À trente mètres de la plage, en zone naturelle

La parcelle est contiguë au rivage : les cabanons se trouvent à moins d’une trentaine de mètres de la plage.

Le PLU approuvé en décembre 2025 la classe en zone NI. Le logement n’y est admis que pour le maintien des habitations existantes : toute nouvelle construction, extension ou annexe à usage d’habitation y sont interdites.

Cette affaire soulève plusieurs questions

Comment une simple déclaration préalable a-t-elle pu suffire pour transformer en logements trois abris construits sans autorisation, dans la bande des 100 mètres, en zone naturelle du PLU ?

L’État a-t-il déféré au Tribunal administratif cet arrêté ? Pourquoi la nature des bâtiments et des surfaces déclarées, près de trois fois supérieures à celles visibles sur le cadastre, n’ont-elles pas conduit à une opposition à ces constructions de la part du maire de Bonifacio ?

U Levante invite la commune et les services de l’État à apporter des réponses documentées.